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 [Canada] - 1949 L'attentat de Sault-au-Cochon
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willy80
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MessageSujet: [Canada] - 1949 L'attentat de Sault-au-Cochon   Jeu 08 Nov 2012, 17:27

1949 Sault-au-Cochon 47°11'57.91''N 70°38'23.02''W



Un triangle amoureux. Une bombe
dans un avion. Vingt-trois victimes. Trois pendus. C'est l'histoire d'un
crime presque parfait. Le «vrai» crime d'Ovide Plouffe. Soixante ans
plus tard, l'attentat de Sault-au-Cochon est toujours imprimé dans la
mémoire de nombreux Québécois.
«Il
fallait être méchant pour faire un plan comme ça.» Thérèse
Bergeron-Halpin, 84 ans, est toujours indignée, 60 ans plus tard. La
dame âgée se souvient de l'air ébranlé de son mari, James Halpin, à son
retour à Québec, après avoir passé plusieurs heures en forêt à la
recherche du lieu de l'écrasement du DC-3 de la Canadian Pacific
Airlines près de Sault-au-Cochon.«Il m'a décrit à quel point c'était
macabre. Il a vu des corps, dont un bébé. Ça l'a vraiment secoué»,
raconte-t-elle. Son mari, pharmacien à Québec, a été l'un des premiers à
se rendre sur les lieux de l'«un des drames les plus horribles et les
plus ignobles à noircir les annales criminelles canadiennes», comme l'a
écrit Allo-Police dans un dossier sur «La vraie histoire du crime
d'Ovide Plouffe» publié en 1984.
Le 9 septembre 1949, un avion partant de Québec à destination de
Baie-Comeau s'est écrasé près du village de pêcheurs de Charlevoix. À
bord, il y avait trois grands patrons de compagnies américaines. Les 23
passagers ont péri, dont une certaine J. Guay.
L'ami d'enfance de M. Halpin, «Mo» Edwards, photographe pour le Toronto
Star, avait insisté pour qu'il l'accompagne. «Quand Mo a reçu un appel
de Toronto, la nouvelle n'était même pas rendue à Québec», se remémore
Mme Bergeron-Halpin, dont le mari est récemment décédé.
Après une marche de trois heures en montagne, le pharmacien et le
photographe sont arrivés sur la scène de crime avant les policiers. M.
Edwards a eu le temps de prendre quelques photos. En entendant les
policiers, il a refilé les films à son ami, qui les a cachés sous son
manteau. Les agents ont confisqué l'appareil d'Edwards, mais n'ont pas
pensé à fouiller M. Halpin. À leur retour, Mo s'est empressé de
transmettre les photos au journal torontois, qui a publié les premières
images du drame.
23 personnes tuées
L'enquête révélera quatre jours plus tard qu'une explosion dans le
compartiment à bagages a causé la tragédie. Deux semaines se sont
écoulées avant que la vérité n'éclate. «L'explication trouvée: les 23
personnes tuées pour une femme dont son mari aurait voulu se défaire en
touchant aussi 10 000$ d'assurance», a alors titré La Presse.
Le mari, c'est J. Albert Guay, 31 ans, décrit par les médias de
l'époque comme un «raté» vendeur itinérant de bijoux à Québec. La femme,
c'est Rita Morel. Le couple a une fillette de 4 ans et... une relation
orageuse.
Au procès de Guay, un ami de l'accusé, Lucien Carreau, racontera que
Guay cherchait un moyen de tuer sa femme. Il lui avait offert 500$ pour
qu'il mette du poison dans son verre de vin. C'est que Guay était
amoureux fou d'une jeune serveuse de 17 ans, Marie-Ange Robitaille.
Le bijoutier a ainsi planifié le premier attentat terroriste contre un
avion civil en Amérique. «La seule explosion du genre était arrivée
quelques mois auparavant, aux Philippines. Il n'y avait pas eu de mort à
ce moment-là. Mais ce n'était probablement pas passé inaperçu pour
Albert Guay», a raconté à l'époque le Dr Jean-Marie Roussel du
Laboratoire de médecine légale et de police technique de Montréal.
C'est le travail du Dr Roussel et de son collègue, le jeune chimiste
Robert Péclet, qui a permis d'identifier les causes de l'explosion. «Ils
ont été très débrouillards. Mais aussi chanceux de découvrir des traces
d'explosifs. Ça aurait pu être un meurtre parfait. Si l'avion n'avait
pas été en retard, il aurait explosé au-dessus du Saint-Laurent où on
aurait eu peu de chances de trouver quoi que ce soit», affirme la fille
du Dr Péclet, Claire Péclet, qui a suivi les traces de son père en
devenant à son tour scientifique au Laboratoire.
Meurtre payant
En achetant le billet d'avion de sa femme, Guay a pris une assurance
vie de 10 000$, une somme considérable pour l'époque. Rita devait aller
chercher pour lui des bijoux à Baie-Comeau. Il est allé la conduire
lui-même à l'aéroport, non sans l'embrasser, avant de la quitter.
Peu de temps avant le départ, Marguerite Ruest-Pitre, complice de Guay,
est allée porter un colis - une statue «fragile» - dans l'avion. Mme
Pitre était surnommée «le corbeau» par ses voisines en raison de son air
bête et de ses éternels vêtements noirs. Elle avait eu deux maris, 14
enfants de plusieurs hommes et elle faisait des avortements clandestins,
selon Allo-Police.
À son procès, Mme Pitre a toujours nié connaître le contenu du paquet.
Selon la poursuite, en échange de ses services, Guay effaçait une
vieille dette de 600$. C'est le frère de Mme Pitre, Généreux Ruest, un
horloger confiné à un fauteuil roulant, qui a fabriqué la bombe.
Guay a dénoncé ses complices un mois avant d'être pendu, le 12 janvier
1951. À son procès, il n'a pas témoigné pour sa défense. Le jury a mis
17 minutes pour le déclarer coupable. Son amante, la jeune serveuse, n'a
jamais été accusée et a ensuite changé d'identité. Mme Pitre et son
frère ont été condamnés à mort à leur tour. Au pied de l'échafaud, elle a
remercié les policiers et même le juge. «Je regrette tout ce qui s'est
passé», a-t-elle lancé. C'est la dernière femme à avoir été exécutée au
Canada.
L'auteur Roger Lemelin s'est inspiré de cette affaire pour écrire Le
crime d'Ovide Plouffe. L'histoire a ensuite été portée au grand écran en
1984. Rita Morel est ainsi devenue Rita Toulouse dans le film de Denys
Arcand. Mais parfois, la réalité est encore plus étrange que la fiction.
«Chose curieuse, la seule personne qui a pu être identifiée d'après les
photographies prises sur les lieux - on aperçoit sa figure, sous le
fuselage -, c'était Rita Morel, l'épouse d'Albert Guay», a raconté le Dr
Roussel du Laboratoire de médecine légale.

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