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 L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)
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Pierre
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MessageSujet: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Mar 1 Déc 2009 - 11:48

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

Première Encyclopédie française et ouvrage majeur du XVIIIème siècle.

Sa présentation sur WIKIPEDIA


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Pierre
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MessageSujet: Prospectus pour l'Encyclopédie de Direrot - Novembre 1750.   Jeu 29 Avr 2010 - 22:07

Je suis surpris de l'intérêt de ce post concernant l'Encyclopédie de Diderot sur la Bibliothèque de TSGE........

Il ne s'agit pas des réponses à l'article en lui même mais plutôt des 548 consultations faites ce soir, lorsque je viens de le reprendre.

J'ai donc revu cet article et il m'a semblé utile d'y ajouter le texte du prospectus de présentation de l'Encyclopédie rédigé par Denis Diderot lui même en Novembre 1750

Voici donc ce que Diderot écrivait à propos de ce formidable travail...........


* Le mot encyclopédie signifie enchaînement des sciences. Il est composé de εν en, de χυχλοζ cercle, et de παιδεια institution ou science. Ceux qui ont prétendu que cet ouvrage était impossible, ne connaissaient pas, selon toute apparence, le passage qui suit; il est du chancelier Bacon. De impossibilitate ita statuo; ea omnia possibilia, & praestabilia censenda, quae ab aliquibus perfici possunt, licet non a quibusvis; & quae a multis conjunctim, licet non ab uno; & quae in successione saeculorum, licet non eodem aevo; & denique quae multorum cura & sumptu, licet non opibus & industria singulorum. Bac. lib. 2. de Aug. Scient, cap. I, p. 103.

L'OUVRAGE que nous annonçons, n'est plus un ouvrage à faire. Le manuscrit & les dessins en sont complets. Nous pouvons assurer qu'il n'aura pas moins de huit volumes, & de six cents planches, & que les volumes se succéderont sans interruption.

Après avoir informé le public de l'état présent de l'Encyclopédie, & de la diligence que nous apporterons à la publier, il est de notre devoir de le satisfaire sur la nature de cet ouvrage, & sur les moyens que nous avons pris pour l'exécution. C'est ce que nous allons exposer avec le moins d'ostentation qu'il nous sera possible.

On ne peut disconvenir que depuis le renouvellement des lettres parmi nous, on ne doive en partie aux dictionnaires les lumières générales qui se sont répandues dans la société, & ce germe de science qui dispose insensiblement les esprits à des connaissances plus profondes. Combien donc n'importait-il pas d'avoir en ce genre un livre qu'on pût consulter sur toutes les matières, & qui servît autant à guider ceux qui se sentiraient le courage de travailler à l'instruction des autres, qu'à éclairer ceux qui ne s'instruisent que pour eux-mêmes.

C'est un avantage que nous nous sommes proposé; mais ce n'est pas le seul. En réduisant sous la forme de dictionnaire tout ce qui concerne les sciences & les arts, il s'agissait encore de faire sentir les secours mutuels qu'ils se prêtent; d'user de ces secours pour en rendre les principes plus sûrs & leurs conséquences plus claires; d'indiquer les liaisons éloignées ou prochaines des êtres qui composent la nature, & qui ont occupé les hommes; de montrer par l'entrelacement des racines & par celui des branches, l'impossibilité de bien connaître quelques parties de ce tout, sans remonter ou descendre à beaucoup d'autres; de former un tableau général des efforts de l'esprit humain dans tous les genres & dans tous les siècles; de présenter ces objets avec clarté; de donner à chacun d'eux l'étendue convenable; & de vérifier, s'il était possible, notre épigraphe par notre succès:

Tantum series juncturaque pollet,
Tantum de medio sumptis accedit honoris!
Horat. Art. poet.


Jusqu'ici personne n'avait conçu un ouvrage aussi grand; ou du moins personne ne l'avait exécuté. Leibnitz, de tous les savants le plus capable d'en sentir les difficultés, désirait qu'on les surmontât. Cependant on avait des encyclopédies; & Leibnitz ne l'ignorait pas, lorsqu'il en demandait une.

La plupart de ces ouvrages parurent avant le siècle dernier, & ne furent pas tout à fait méprisés. On trouva que s'ils n'annonçaient pas beaucoup de génie, ils marquaient au moins du travail & des connaissances. Mais que serait-ce pour nous que ces encyclopédies? Quel progrès n'a-t-on pas fait depuis dans les sciences & dans les arts? Combien de vérités découvertes aujourd'hui, qu'on n'entrevoyait pas alors? La vraie philosophie était au berceau; la géométrie de l'infini n'était pas encore; la physique expérimentale se montrait à peine; il n'y avait point de dialectique; les lois de la saine critique étaient entièrement ignorées. Descartes, Boyle, Huygens, Newton, Leibnitz, Bernoulli, Locke, Bayle, Pascal, Corneille, Racine, Bourdaloue, Bossuet, &c. ou n'existaient pas, ou n'avaient pas écrit. L'esprit de recherche & d'émulation n'animait pas les savants : un autre esprit moins fécond peut-être, mais plus rare, celui de justesse & de méthode, ne s'était point soumis les différentes parties de la littérature; & les académies, dont les travaux ont porté si loin les sciences & les arts, n'étaient pas instituées.

Si les découvertes des grands hommes & des compagnies savantes, dont nous venons de parler, offrirent dans la suite de puissants secours pour former un dictionnaire encyclopédique, il faut avouer aussi que l'augmentation prodigieuse des matières rendit à d'autres égards un tel ouvrage beaucoup plus difficile. Mais ce n'est point à nous à juger si les successeurs des premiers encyclopédistes ont été hardis ou présomptueux; & nous les laisserions tous jouir de leur réputation, sans en excepter Éphraïm Chambers, le plus connu d’entre eux, si nous n'avions des raisons particulières de peser le mérite de celui-ci.

L'Encyclopédie de Chambers dont on a publié à Londres un si grand nombre d’éditions rapides ; cette Encyclopédie qu'on vient de traduire tout récemment en italien, & qui de notre aveu mérite en Angleterre & chez l'étranger les honneurs qu'on lui rend, n'eût peut-être jamais été faite, si avant qu'elle parut en anglais, nous n'avions eu dans notre langue des ouvrages où Chambers a puisé sans mesure & sans choix la plus grande partie des choses dont il a composé son dictionnaire. Qu'en auraient donc pensé nos Français sur une traduction pure & simple. Il eût excité l'indignation des savants & le cri du public, à qui on n'eût présenté sous un titre fastueux & nouveau, que des richesses qu'il possédait depuis longtemps.

Nous ne refusons point à cet auteur la justice qui lui est due. Il a bien senti le mérite de l'ordre encyclopédique, ou de la chaîne par laquelle on peut descendre sans interruption des premiers principes d'une science ou d'un art jusqu'à ses conséquences les plus éloignées, & remonter de ses conséquences jusqu'à ses premiers principes; passer imperceptiblement de cette science ou de cet art à un autre; &, s'il est permis de s'exprimer ainsi, faire sans s'égarer le tour du monde littéraire. Nous convenons avec lui que le plan & le dessein de son dictionnaire sont excellents; & que si l'exécution en était portée à un certain degré de perfection, il contribuerait plus lui seul aux progrès de la vraie science que la moitié des livres connus. Mais nous ne pouvons nous empêcher de voir combien il est demeuré loin de ce degré de perfection. En effet, conçoit-on que tout ce qui concerne les sciences & les arts puisse être renfermé en deux volumes in-folio ? La nomenclature d'une matière aussi étendue en fournirait un elle seule, si elle était complète. Combien donc ne doit-il pas y avoir dans son ouvrage d'articles omis ou tronqués?

Ce ne sont point ici des conjectures. La traduction entière du Chambers nous a passé sous les yeux, & nous avons trouvé une multitude prodigieuse de choses à désirer dans les sciences; dans les arts libéraux, un mot où il fallait des pages; & tout à suppléer dans les arts mécaniques. Chambers a lu des livres, mais il n'a guère vu d'artistes; cependant il y a beaucoup de choses qu'on n'apprend que dans les ateliers. D'ailleurs il n'en est pas ici des omissions comme dans un autre ouvrage. L'encyclopédie, à la rigueur, n'en permet aucune. Un article omis dans un dictionnaire commun, le rend seulement imparfait. Dans une encyclopédie, il rompt l'enchaînement, & nuit à la forme & au fond; il a fallu tout l'art d'Éphraïm Chambers pour pallier ce défaut. Il n'est donc pas à présumer qu'un ouvrage aussi imparfait pour tout lecteur, & si peu neuf pour le lecteur français, eût trouvé beaucoup d'admirateurs parmi nous.
Mais sans nous étendre davantage sur les imperfections de l'Encyclopédie anglaise, nous annonçons que l'ouvrage de Chambers n'est point la base sur laquelle nous avons élevé; que nous avons refait un grand nombre de ses articles, & que nous n'avons employé presque aucun des autres sans addition, correction, ou retranchement; qu'il rentre simplement dans la classe des auteurs que nous avons particulièrement consultés, & que la disposition générale est la seule chose qui soit commune entre notre ouvrage & le sien.

Nous avons senti avec l'auteur anglais, que le premier pas que nous avions à faire vers l'exécution raisonnée & bien entendue d'une encyclopédie, c’était de former un arbre généalogique de toutes les sciences & de tous les arts, qui marquât l'origine de chaque branche de nos connaissances, les liaisons qu'elles ont entre elles & avec la tige commune, & qui nous servît à rappeler les différents articles à leurs chefs. Ce n'était pas une chose facile. Il s'agissait de renfermer en une page le canevas d'un ouvrage qui ne se peut exécuter qu'en plusieurs volumes in-folio, & qui doit contenir un jour toutes les connaissances des hommes.

Cet arbre de la connaissance humaine pouvait être formé de plusieurs manières, soit en rapportant aux diverses facultés de notre âme nos différentes connaissances, soit en les rapportant aux êtres qu'elles ont pour objet. Mais l'embarras était d'autant plus grand, qu'il y avait plus d'arbitraire. Et combien ne devait-il pas y en avoir? La nature ne nous offre que des choses particulières, infinies en nombre & sans aucune division fixe & déterminée. Tout s'y succède par des nuances insensibles. Et sur cette mer d'objets qui nous environne, s'il en paraît quelques-uns, comme des pointes de rochers, qui semblent percer la surface & dominer les autres, ils ne doivent cet avantage qu'à des systèmes particuliers, qu'à des conventions vagues, & qu'à certains événements étrangers à l'arrangement physique des êtres, & aux vraies institutions de la philosophie. Si l'on ne pouvait se flatter d'assujettir l'histoire seule de la nature à une distribution qui embrassât tout & qui convînt à tout le monde, ce que MM. de Buffon & d'Aubenton n'ont pas avancé sans fondement; combien n'étions-nous pas autorisés dans un sujet beaucoup plus étendu, à nous en tenir, comme eux, à quelque méthode satisfaisante pour les bons esprits qui sentent ce que la nature des choses comporte ou ne comporte pas. On trouvera à la fin de ce projet cet Arbre de la connaissance humaine, avec l'enchaînement des idées qui nous ont dirigés dans cette vaste opération. Si nous en sommes sortis avec succès, nous en aurons principalement obligation au chancelier Bacon, qui jetait le plan d'un dictionnaire universel des sciences & des arts, en un temps où il n'y avait, pour ainsi dire, ni sciences ni arts. Ce génie extraordinaire, dans l'impossibilité de faire l'histoire de ce qu'on savait, faisait celle de ce qu'il fallait apprendre.

C’est de nos facultés que nous avons déduit nos connaissances ; l'histoire nous est venue de la mémoire; la philosophie, de la raison; & la poésie, de l'imagination; distribution féconde à laquelle la théologie même se prête : car dans cette science, les faits sont de l'histoire & se rapportent à la mémoire, sans même en excepter les prophéties qui ne sont qu'une espèce d'histoire où le récit a précédé l'événement : les mystères, les dogmes & les préceptes sont de philosophie éternelle & de raison divine; & les paraboles, sorte de poésie allégorique, sont d'imagination inspirée. Aussitôt nous avons vu nos connaissances découler les unes des autres; l'histoire s'est distribuée en ecclésiastique, civile, naturelle, littéraire, &c. La philosophie, en science de Dieu, de l'homme, de la nature, &c. La poésie, en narrative, dramatique, allégorique, &c. De là, théologie, histoire naturelle, physique, métaphysique, mathématiques, &c. météorologie, hydrologie, &c. mécanique, astronomie, optique, &c. en un mot, une multitude innombrable de rameaux & de branches dont la science des axiomes, ou des propositions évidentes par elles-mêmes, doit être regardée dans l'ordre synthétique comme le tronc commun.

A l’aspect d'une matière aussi étendue, il n'est personne qui ne fasse avec nous la réflexion suivante. L'expérience journalière n'apprend que trop combien il est difficile à un auteur de traiter profondément de la science ou de l'art dont il a fait toute sa vie une étude particulière; il ne faut donc pas être surpris qu'un homme ait échoué dans le projet de traiter de toutes les sciences & de tous les arts. Ce qui doit étonner, c'est qu'un homme ait été assez hardi & assez borné pour le tenter seul. Celui qui s'annonce pour savoir tout, montre seulement qu'il ignore les limites de l'esprit humain.

Nous avons inféré de là que pour soutenir un poids aussi grand que celui que nous avions à porter, il était nécessaire de le partager; & sur-le-champ nous avons jeté les yeux sur un nombre suffisant de savants & d'artistes; d'artistes habiles & connus par leurs talents; de savants exercés dans les genres particuliers qu'on avait à confier à leur travail. Nous avons distribué à chacun la partie qui lui convenait : les mathématiques au mathématicien; les fortifications à l'ingénieur; la chimie au chimiste; l'histoire ancienne & moderne à un homme versé dans ces deux parties ; la grammaire à un auteur connu par l'esprit philosophique qui règne dans ses ouvrages; la musique, la marine, l'architecture, la peinture, la médecine, l'histoire naturelle, la chirurgie, le jardinage, les arts libéraux, les principaux d'entre les arts mécaniques, à des hommes qui ont donné des preuves d'habileté dans ces différents genres : ainsi chacun n'ayant été occupé que de ce qu'il entendait, a été en état de juger sainement de ce qu'en ont écrit les anciens & les modernes, & d'ajouter aux secours qu'il en a tirés, des connaissances puisées dans son propre fonds : personne ne s'est avancé sur le terrain d'autrui, ni ne s'est mêlé de ce qu'il n'a peut-être jamais appris; & nous avons eu plus de méthode, de certitude, d'étendue, & de détails qu'il ne peut y en avoir dans la plupart des lexicographes. Il est vrai que ce plan a réduit le mérite d'éditeur à peu de chose; mais il a beaucoup ajouté à la perfection de l'ouvrage; & nous penserons toujours nous être acquis assez de gloire, si le public est satisfait.

La seule partie de notre travail qui suppose quelque intelligence, c'est de remplir les vides qui séparent deux sciences ou deux arts, & de renouer la chaîne dans les occasions où nos collègues se sont reposés les uns sur les autres de certains articles qui paraissant appartenir également à plusieurs d'entre eux, n'ont été faits par aucun. Mais afin que la personne chargée d'une partie ne soit point comptable des fautes qui pourraient se glisser dans des morceaux surajoutés, nous aurons l'attention de distinguer ces morceaux par une étoile. Nous tiendrons exactement la parole que nous avons donnée; le travail d'autrui sera sacré pour nous; & nous ne manquerons pas de consulter l'auteur, s'il arrive dans le cours de l'édition que son ouvrage nous paraisse demander quelque changement considérable.

Les différentes mains que nous avons employées ont apposé à chaque article, comme le sceau de leur style particulier, du style propre à la matière & à l'objet d'une partie. Un procédé de chimie ne sera point du même ton que la description des bains & des théâtres anciens; ni la manoeuvre d'un serrurier, exposée comme les recherches d'un théologien sur un point de dogme ou de discipline. Chaque chose a son coloris, & ce serait confondre les genres que de les réduire à une certaine uniformité. La pureté du style, la clarté, & la précision sont les seules qualités qui puissent être communes à tous les articles, & nous espérons qu'on les y remarquera. S'en permettre davantage, ce serait s'exposer à la monotonie & au dégoût qui sont presque inséparables des ouvrages étendus, & que l'extrême variété des matières doit écarter de celui-ci.

Nous en avons dit assez pour informer le public de l'état présent d'une entreprise à laquelle il a paru s'intéresser; des avantages généraux qui en résulteront, si elle est bien exécutée; du bon ou du mauvais succès de ceux qui l'ont tentée avant nous; de l'étendue de son objet; de l'ordre auquel nous nous sommes assujettis; de la distribution qu'on a faite de chaque partie, & de nos fonctions d'éditeurs : nous allons maintenant passer aux principaux détails de l'exécution.
Toute la matière de l'Encyclopédie peut se réduire à trois chefs; les sciences, les arts libéraux, & les arts mécaniques. Nous commencerons par ce qui concerne les sciences, & les arts libéraux, & nous finirons par les arts mécaniques.
On a beaucoup écrit sur les sciences. Les traités sur les arts libéraux sont multipliés sans nombre; la république des lettres en est inondée. Mais combien peu donnent les vrais principes? Combien d'autres les étouffent dans une affluence de paroles, ou les perdent dans des ténèbres affectées? Combien dont l'autorité en impose, & chez qui une erreur placée à côté d'une vérité, ou décrédite celle-ci, ou s'accrédite elle-même à la faveur de ce voisinage? On eût mieux fait sans doute d'écrire moins & d'écrire mieux.

Entre tous les écrivains, on a donné la préférence à ceux qui sont généralement reconnus pour les meilleurs. C'est de là que les principes ont été tirés. A leur exposition claire & précise, on a joint des exemples ou des autorités constamment reçues. La coutume vulgaire est de renvoyer aux sources, ou de citer d'une manière vague, souvent infidèle, & presque toujours confuse, en sorte que dans les différentes parties dont un article est composé, on ne sait exactement quel auteur on doit consulter sur tel ou tel point, ou s'il faut les consulter tous, ce qui rend la vérification longue & pénible. On s'est attaché, autant qu'il a été possible, à éviter cet inconvénient, en citant dans le corps même des articles, les auteurs sur le témoignage desquels on s'est appuyé; rapportant leur propre texte, quand il est nécessaire; comparant partout les opinions; balançant les raisons; proposant des moyens de douter ou de sortir de doute; décidant même quelque fois; détruisant autant qu'il est en nous les erreurs & les préjugés; & tâchant surtout de ne les pas multiplier & de ne les point perpétuer, en protégeant sans examen des sentiments rejetés, ou en proscrivant sans raison des opinions reçues. Nous n'avons pas craint de nous étendre quand l'intérêt de la vérité & l'importance de la matière le demandaient, sacrifiant l'agrément toutes les fois qu'il n'a pu s'accorder avec l'instruction.

L'empire des sciences & des arts est un monde éloigné du vulgaire, où l'on fait tous les jours des découvertes, mais dont on a bien des relations fabuleuses. Il était important d'assurer les vraies, de prévenir sur les fausses, de fixer des points d'où l'on partît, & de faciliter ainsi la recherche de ce qui reste à trouver. On ne cite des faits; on ne compare des expériences; on n'imagine des méthodes, que pour exciter le génie à s'ouvrir des routes ignorées, & à s'avancer à des découvertes nouvelles, en regardant comme le premier pas celui où les grands hommes ont terminé leur course. C'est aussi le but que nous nous sommes proposé, en alliant aux principes des sciences & des arts libéraux, l'histoire de leur origine & de leurs progrès successifs; & si nous l'avons atteint, de bons esprits ne s'occuperont plus à chercher ce qu'on savait avant eux : il sera facile dans les productions à venir sur les sciences & sur les arts libéraux, de démêler ce que les inventeurs ont tiré de leur fonds, d'avec ce qu'ils ont emprunté de leurs prédécesseurs : on appréciera les travaux; & ces hommes avides de réputation & dépourvus de génie, qui publient hardiment de vieux systèmes comme des idées nouvelles, seront bientôt démasqués. Mais, pour parvenir à ces avantages, il a fallu donner à chaque matière une étendue convenable, insister sur l'essentiel, négliger les minuties, & éviter un défaut assez commun, celui de s'appesantir sur ce qui ne demande qu'un mot, prouver ce qu'on ne conteste point, & de commenter ce qui est clair. Nous n'avons ni épargné ni prodigué les éclaircissements. On jugera qu'ils étaient nécessaires partout où nous en avons mis, & qu'ils auraient été superflus où l'on n'en trouvera pas. Nous nous sommes encore bien gardés d'accumuler les preuves où nous avons cru qu'un seul raisonnement solide suffisait, ne les multipliant que dans les occasions où leur force dépendait de leur nombre & de leur concert.

Ce sont là toutes les précautions que nous avions à prendre. Voilà les richesses sur lesquelles nous pouvions compter; mais il nous en est survenu d'autres que notre entreprise doit, pour ainsi dire, à sa bonne fortune. Ce sont des manuscrits qui nous ont été communiqués par des amateurs, ou fournis par des savants entre lesquels nous nommerons ici, M. Formey, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences & des belles-lettres de Prusse. Cet habile académicien avait médité un dictionnaire, tel à peu près que le nôtre, & il nous a généreusement sacrifié la partie considérable qu'il en avait exécutée, & dont nous ne manquerons pas de lui faire honneur. Ce sont encore des recherches, des observations que chaque artiste ou savant, chargé d'une partie de notre dictionnaire renfermait dans son cabinet, & qu'il a bien voulu publier par cette voie. De ce nombre seront presque tous les articles de grammaire générale & particulière. Nous croyons pouvoir assurer qu'aucun ouvrage connu ne sera ni aussi riche ni aussi instructif que le nôtre, sur les règles & les usages de la langue française, & même sur la nature, l'origine & le philosophique des langues en général. Nous ferons donc part au public, tant sur les sciences que sur les arts libéraux, de plusieurs fonds littéraires dont il n'aurait peut-être jamais eu connaissance.

Mais ce qui ne contribuera guère moins à la perfection de ces deux branches importantes, ce sont les secours obligeants que nous avons reçus de tous côtés; protection de la part des grands; accueil & communication de la part de plusieurs savants; bibliothèques publiques, cabinets particuliers, recueils, portefeuilles, &c. tout nous a été ouvert & par ceux qui cultivent les lettres, & par ceux qui les aiment. Un peu d'adresse & beaucoup de dépense ont procuré ce qu'on n'a pu obtenir de la pure bien-veillance; & les récompenses ont presque toujours calmé ou les inquiétudes réelles ou les alarmes simulées de ceux que nous avions à consulter.

Nous sommes principalement sensibles aux obligations que nous avons à M. l'abbé Sallier, garde de la Bibliothèque du Roi : aussi n'attendrons-nous pas pour l'en remercier, que nous rendions, soit à nos collègues, soit aux personnes qui ont pris intérêt à notre ouvrage, le tribut de louanges & de reconnaissance qui leur est dû. M. l'abbé Sallier nous a permis, avec cette politesse qui lui est naturelle & qu'animait encore le plaisir de favoriser une grande entreprise, de choisir dans le riche fonds dont il est dépositaire, tout ce qui pouvait répandre de la lumière ou des agréments sur notre encyclopédie. On justifie, nous pourrions même dire qu'on honore le choix du Prince, quand on sait se prêter ainsi à ses vues. Les sciences & les beaux-arts ne peuvent trop concourir à illustrer par leurs productions le règne d'un souverain qui les favorise : pour nous, spectateurs de leurs progrès & leurs historiens, nous nous occuperons seulement à les transmettre à la postérité. Qu'elle dise à l'ouverture de notre dictionnaire, tel était alors l'état des sciences & des beaux-arts. Qu'elle ajoute ses découvertes à celles que nous aurons enregistrées, & que l'histoire de l'esprit humain & de ses productions aille d'âge en âge jusqu'aux siècles les plus reculés. Que l'Encyclopédie devienne un sanctuaire où les connaissances des hommes soient à l'abri des temps & des révolutions. Ne serons-nous pas trop flattés d'en avoir posé les fondements? Quel avantage n'aurait-ce pas été pour nos pères & pour nous, si les travaux des peuples anciens, des Égyptiens, des Chaldéens, des Grecs, des Romains, &c. avaient été transmis dans un ouvrage encyclopédique, qui eût exposé en même temps les vrais principes de leurs langues! Faisons donc pour les siècles à venir ce que nous regrettons que les siècles passés n'aient pas fait pour le nôtre. Nous osons dire que si les Anciens eussent exécuté une encyclopédie, comme ils ont exécuté tant de grandes choses, & que ce manuscrit se fût échappé seul de la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie, il eût été capable de nous consoler de la perte des autres.

Voilà ce que nous avions à exposer au public sur les sciences & les beaux-arts. La partie des arts mécaniques ne demandait ni moins de détails ni moins de soins. Jamais peut-être il ne s'est trouvé tant de difficultés rassemblées, & si peu de secours pour les vaincre. On a trop écrit sur les sciences : on n'a pas assez bien écrit sur la plupart des arts libéraux : on n'a presque rien écrit sur les arts mécaniques; car qu'est-ce que le peu qu'on en rencontre dans les auteurs, en comparaison de l'étendue & de la fécondité du sujet? Entre ceux qui en ont traité, l'un n'était pas assez instruit de ce qu'il avait à dire, & a moins rempli son objet que montré la nécessité d'un meilleur ouvrage; un autre n'a qu'effleuré la matière, en la traitant plutôt en grammairien & en homme de lettres, qu'en artiste; un troisième est à la vérité plus riche & plus ouvrier; mais il est en même temps si court, que les opérations des artistes & la description de leurs machines, cette matière capable de fournir seule des ouvrages considérables, n'occupe que la très petite partie du sien. Chambers n’a presque rien ajouté à ce qu'il a traduit de nos auteurs. Tout nous déterminait donc à recourir aux ouvriers.

On s'est adressé aux plus habiles de Paris & du royaume. On s'est donné la peine d'aller dans leurs ateliers, de les interroger, d'écrire sous leur dictée, de développer leurs pensées, d'en tirer les termes propres à leurs professions, d'en dresser des tables, de les définir, de converser avec ceux dont on avait obtenu des mémoires, & (précaution presque indispensable) de rectifier dans de longs & fréquents entretiens avec les uns, ce que d'autres avaient imparfaitement, obscurément, & quelquefois infidèlement expliqué. Il est des artistes qui sont en même temps gens de lettres, & nous en pourrions citer ici; mais le nombre en serait fort petit : la plupart de ceux qui exercent les arts mécaniques, ne les ont embrassés que par nécessité, & n'opèrent que par instinct. A peine entre mille en trouve-t-on une douzaine en état de s'exprimer avec quelque clarté sur les instruments qu'ils emploient & sur les ouvrages qu'ils fabriquent. Nous avons vu des ouvriers qui travaillaient depuis quarante années, sans rien connaître à leurs machines. Il nous a fallu exercer avec eux la fonction dont se glorifiait Socrate, la fonction pénible & délicate de faire accoucher les esprits, obstetrix animorum.

Mais il est des métiers si singuliers & des manoeuvres si déliées, qu'à moins de travailler soi-même, de mouvoir une machine de ses propres mains, & de voir l'ouvrage se former sous ses propres yeux, il est difficile d'en parler avec précision. Il a donc fallu plusieurs fois se procurer les machines, les construire, mettre la main à l'oeuvre, se rendre, pour ainsi dire, apprenti, & faire soi-même de mauvais ouvrages pour apprendre aux autres comment on en fait de bons.
C'est ainsi que nous nous sommes convaincus de l'ignorance dans laquelle on est sur la plupart des objets de la vie, & de la nécessité de sortir de cette ignorance. C'est ainsi que nous nous sommes mis en état de démontrer que l'homme de lettres qui sait le plus sa langue, ne connaît pas la vingtième partie des mots; que, quoique chaque art ait la sienne, cette langue est encore bien imparfaite; que c'est par l'extrême habitude de converser les uns avec les autres que les ouvriers s'entendent, & beaucoup plus par le retour des conjonctures que par l'usage des termes. Dans un atelier, c'est le moment qui parle, & non l'artiste.

Voici la méthode qu'on a suivie pour chaque art.

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INFRAROUGE
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Jeu 29 Avr 2010 - 23:22

c'est vraiment bien de pouvoir accéder à ce type d'ouvrages en ligne.
j'en avais entendu parler dans mon enfance ...
Mais je ne l'avais jamais vue ....
le site de free contient une préface de Jean le Rond d'Alembert

j'imagine un des decendant de l'auteur d'origine ..

Dans les 2 cas c'est un sacré boulot ...

+++
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Pierre
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Jeu 29 Avr 2010 - 23:47

INFRAROUGE a écrit:
c'est vraiment bien de pouvoir accéder à ce type d'ouvrages en ligne.
j'en avais entendu parler dans mon enfance ...
Mais je ne l'avais jamais vue ....
le site de free contient une préface de Jean le Rond d'Alembert

j'imagine un des decendant de l'auteur d'origine ..

Dans les 2 cas c'est un sacré boulot ...

+++

Le nom de D'Alembert est souvent associé avec celui de Diderot car l'Encyclopédie est le fruit d'un travail collectif .........

Jean le Rond dit "D'Alembert" (1717-1783) a contribué avec Diderot à la rédaction de plusieurs articles de l'Encyclopédie.

C'était surtout le "mathématicien" de l'équipe.........
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Jeu 29 Avr 2010 - 23:54

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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Ven 30 Avr 2010 - 0:30

LOL ok !

je viens de comprendre mon erreur
à savoir que c'est la "préface" originale
Et non son petit petit petit fils qui l'a écrit ....

lolololol
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Nicole Knapen
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Ven 30 Avr 2010 - 16:08

Fabuleuse documentation sur une des périodes les plus fastes de l'histoire, merci beaucoup Pierre ! J'ai aussi apprécié l'annotation latine ! Puis-je aussi ajouter que c'est vers la moitié du XVIIIème qu'un grand vent s'est mit a souffler sur tout ce qui touche à l'art, la littérature, les penseurs, les philosophes, la liberté, la science, période qui coïncide avec la première Encyclopédie Française.
(les Anglais en sont les novateurs) . L'Encyclopédie de Chambers est traduite en Français et c'est Jean-Jacques Rousseau qui en écrit la préface sur le discours de l'inégalité: "... La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l'homme "...Ainsi s'explique la véritable apologie des passions, de la nature, du bonheur, du progrès qui marque la pensée Française du VXIIIème Siècle nommé Le Sièle Des Lumières . Il y a tant à dire sur cette période qu'il en a bien fallu des volumes entiers . Denis Diderot (1713-1784), fils de coutelier se montra un penseur plutôt hardi, il fut emprisonné pour athéisme en 1749 à la suite de sa " Lettre sur les aveugles ", plusieurs fois inquiété à propos de l'Encyclopédie, il plaide vigoureusement en faveur de la liberté dans son roman " La religieuse " paru en 1796 ; c'est en 1789 que le vieux monde bascule et permet, avec La Déclaration Des droits de l'Homme et du Citoyen, de prendre la mesure de l'influence de la pensée philosophique. La liberté y côtoie l'égalité ainsi que le respect de la vie humaine, mais demeure toute relative car sa définition (article IV) reste purement négative, c'est le période de triomphe des idées de Voltaire, plus que celles de de Rousseau ; la synthèse des idées du siècle...
Il faut réformer la société, dans ce but les grands principes se retrouvent débattus du Siècle des Lumières ; il ne faut pas négliger les multiples autres influences issues d'un état d'esprit cultivé, formé par la diffusion de l' Encyclopédie. Vint la période qui sonne le glas de l'Ancien Régime sous le souffle de la Révolution : gigantesques brasiers en Europe, comme ailleurs dans le monde, le Roi Souverain Français décide qu'aucun livre ne peut être imprimé sans permissions spéciales .

J'ai écris ceci par rapport au contexte de l'époque, période de la parution de la première Encyclopédie et l'ensemble soulevé par un grand vent philosphique de la pensée qui a soulevé tout un peuple vers la Liberté.
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Pierre
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MessageSujet: Système figuré des connaissances humaines   Ven 30 Avr 2010 - 17:33

@ Nicole Knappen

Merci de repositionner l'Encyclopédie dans le contexte de son époque.

D'Alembert écrivait en 1751

<< L'ouvrage que nous commençons (et que nous désirons de finir) a deux objets : comme Encyclopédie, il doit exposer autant qu'il est possible, l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines ; comme Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, il doit contenir sur chaque science et sur chaque art, soit libéral, soit mécanique, des principes généraux qui en sont la base, et les détails les plus essentiels qui en font le corps et la substance.

Ces deux points de vue d'Encyclopédie et de Dictionnaire raisonné, formeront donc le plan et la division de notre Discours préliminaire >>

L'Encyclopédie a donc été conçue selon ce PLAN ..........



Détail vers la LOGIQUE



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Nicole Knapen
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   Ven 30 Avr 2010 - 17:48

J'avais oublié le détail vers la LOGIQUE (bien-sûr selon la première Encyclopédie). Merci Pierre de poster tout cela et de nous en faire bénéficier ...
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MessageSujet: Re: L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)   

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L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751 - 1772)
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